La trempe

Si je n’avais pas été jusqu’à mes seize ans révolus cloîtré dans une chambre placard, à laquelle j’accédais forcément en passant par celle de mes parents, j’aurais été de la trempe d’un Juan Branco ou d’un Gilles Sauron (mon professeur d’archéologie classique et d’art romain à l’Université), tous deux normaliens.
Si je n’avais pas été le dommage collatéral d’un “provisoire qui dure quinze ans” comme aimait à se moquer mon père des travaux qui n’en finissent pas, je n’aurais pas eu à vivre dans ma chair le traumatisme des “boyaux de la tête”, comme il disait également.

Pour tout cela, à l’attention de tous ceux qui auraient pu changer ce qu’ils connaissaient, je dis “me too et je t’emmerde”.
Je t’emmerde la domination des enfants par les adultes, je t’emmerde la domination des riches et des puissants sur les faibles et les pauvres, je t’emmerde à tout jamais.

Vous ne pouvez pas voir les horreurs d’un bestgore? d’un corps écrasé sur le bitume dont les organes internes, encore un peu décelables sont réduits à l’état de crêpes? ici la matière blanche de la cervelle, là le jaune de la graisse ventrale, ou encore le sang frais et rouge commençant à coaguler?
Moi, je peux. Cela ne m’émeut guère.
C’est le résultat de la désormais connue transformation pathologique des glandes sous-corticales, en particulier de l’hippocampe (pour une approche vulgarisée, écoutez une conférence de Cyrulnik – https://www.youtube.com/watch?v=m16C9YtXP7E – vous trouverez ensuite la documentation médicale scientifique sur les sites universitaires américains).
Alors oui, l’image de boyaux de la tête n’est finalement pas si imagée.

Point de délectation à regarder en face les horreurs de l’humanité, les mises en scène cinématographiques des tortures et des meurtres commis par daesh.
Point d’excitation à voir les misérables politiciens se faire étriper la vie privée en public. Ils sont eux aussi victimes, avant de tenter d’être à leur tout les bourreaux d’un si grand nombre.

Cependant, tout comme un adulte a plus de moyens de défense qu’un enfant en pleine structuration face à un trauma, il faut également mâtiner son jugement devant ceux qui ont réussi à accaparer des richesses souvent indues aux dépens de plus faibles.
Cela n’enlève rien à la douleur et aux conséquences gravissimes de tout trauma.

Le combat n’est pas politique, le combat n’est pas philosophique, le combat n’est même pas humaniste.
Le combat est la vie.

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